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Le Dagda |
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Mais avant tout... Petit détour par la Gaule romaine. On y rencontre souvent, dans la statuaire et les inscriptions, le dieu Sucellus. Voici ce qui est dit de Sucellus et de son homologue (via leurs atributs en statuaire et le lien fait de leurs nom avec celui de Jupiter) Silvanus, dans « A la rencontre des dieux gaulois / Un défi à César » : « A Rome, la vénération de Silvanus était toute populaire. Il était plutôt un génie protecteur des arbres, des prairies et des troupeaux comme de leurs gardiens, du monde sylvestre et agraire au sens le plus large. Quand à Sucellus, dont certains ont traduit le nom par « qui tape dur », il est représenté sur un autel à Sarrebourg -mais avec une compagne, ce qui est exceptionnel- et il est bien désigné là comme le dieu Sucellus. Malgré leurs attributs, on a voulu distinguer Silvanus de Sucellus. On a aussi voulu faire absorber Sucellus par Silvanus. On a voulu, enfin, et on l'écrit encore, mais plus timidement, voir dans ce dieu au double nom le dispater que César désigne dans son livre VI de la guerre des Gaules comme le père de la race gauloise: Dispater aurait été l'équivalent de Pluton. (...) Cela même si, on le sait, Pluton était rarement représenté à Rome parce que son univers chtonien faisait peur. Pourquoi donc l'aurait-il été davantage en Gaule, avec une telle fréquence, et surtout à l'intérieur des maisons comme c'est le cas ? (...) le dieu affiche certes un physique « jupitérien » et Pluton était le frère de Jupiter qui régnait sur le monde des enfers. Le dieu tient un vase, un maillet et (...) des amphores ou des tonneaux peuvent être placés à ses côtés. Dieu lié au vin, boisson d'immortalité, et donc à Pluton,: la démonstration infernale serait ainsi terminée. Il s'agit pour une bonne part, on s'en doute bien, d'intuitions. Aujourd'hui, une explication réaliste apparaît comme beaucoup plus satisfaisante, qui ne dissocie plus par ailleurs Silvanus de Sucellus. L'outil peut aussi bien évoquer l'arbre du bucheron que le tonnelier, voire par extension, l'artisan qui façonne dans un autre matériau. Et la diffusion si rapide du vin en Gaule, du sud au nord, a dû entraîner un nécessaire appel de contenants. C'est Pline, au livre XIV de son Histoire Naturelle, qui attribue aux gaulois l'invention du tonneau. (...) La découverte d'un dieu aux tonneaux sur l'autel domestique de Clermont-Ferrand pourrait être comme la synthèse de deux mondes qui, dans l'antiquité et jusqu'au XIX° siècle n'étaient pas séparés dans les campagnes: pastoral, paysan, aussi bien qu'artisanal, au rythme des saisons. Le dieu au maillet pose en effet le pied sur des tonneaux et son dos est appuyé à un arbre. »
Si quelqu'un de spécialiste en la matière passe par mes pages et a un avis à donner, qu'il n'hésite pas! Concernant le démontage de l'hypothèse qui ferait de Sucellus l'équivalent de Pluton. Je suis d'accord, et cela d'autant plus que, malgré les apparences et les nombreux points communs, il est très difficile d'établir une correspondance exacte. Ces parentés, pourtant, qui ont été cherchées par les auteurs antiques sans doute même là où elles n'étaient pas, existent bel et bien, sans doute du fait des nombreux échanges entre mondes grec, italien et nord-alpin au cours des temps « avant César ». Au travers des légendes celtes (conservées surtout dans les sagas irlandaises et galloises). Je suis moins d'accord sur le fait que la popularité de Sucellus soit venue de ce qu'il était le patron des tonneliers... Même si je suis prête à admettre qu'il soit passé de ce rang à celui de dieu patron d'une région vivant de commerces liés aux tonneaux (autrement dit, toutes denrées périssables et certaines denrées non périssables).
Ici, j'ai un peu l'impression de revenir sur la thèse dénoncée ci-dessus dans « A la rencontre des dieux gaulois » : l'assimilation de Sucellus à Dispater. Et pourtant... Je crois bien que je ne vois aucune raison de ne pas voir dans ce « père puissant », le fameux Dispater de César (Je n'ai jamais été bien latiniste, c'est quoi « dispater »? Père Divin ?). Mais de là à y voir Pluton... Non.
Les trois univers Ciel / Terre / Mer respectivement attribués à Jupiter, Pluton et Neptune ne correspondent pas aux trois univers de la cosmogonie celtique (Monde d'en haut / Monde des vivants / Monde du dessous ). Ces trois univers, on peut les prendre au propre (auquel cas, on retrouve la correspondance en ce qui concerne la sphère céleste), bien sûr, mais aussi et surtout, je crois, au figuré (Monde des divinités illuminées / Monde de la fertilité et de la vie / Monde des divinités « tourmentées »). ou au figuré. Chacun des deux univers étant soumis à l'interaction des deux autres. Bien souvent, la cosmogonie celte fait tou marcher par trois. Eithne, l'épouse de Mider et concubine de Dagda a trois vies. Lug, également. La puissance d'un dieu ne s'arrête pas aux frontières d'un monde. Elle se transforme (chic, les dieux aussi ont accès à la transmigration!). Le Dagda n'est pas triple. Il est lié au monde « du dessus », celui de la sagesse. De même que son frère Mider est lié à celui « du dessous » (Tiens donc? Ca fait pas penser à Jupiter et Pluton, ça?). Le « Monde Visible » chez les celtes est, selon les cas, sous l'influence de l'une des trois sphères divines. Il est donc divisible en trois, avec des zones de grande importance du contact avec le divin et des zones d'interaction entre les influences divines. « Zones » spatiales ou temporelles, bien sûr... Si vous arrivez à retrouver là-dedans un découpage prosaïque Ciel / Terre / Mer vous avez de la chance (quoiqu'il y aie de ce côté-là aussi des symbolismes à chercher, ne serait-ce que pour comprendre comment Neptune peut être lié aux chevaux).
Mettons-nous en mode « romanisation ». Au premier degré, d'abord... Jupiter est le roi des dieux, le plus puissant et le plus sage. C'est d'ailleurs, comme lui, un homme d'âge mûr, voire un vieillard (car les vieillards sont plus sages). C'est aussi ce qu'est le Dagda. Je n'ai pas vécu à cette époque, mais une assimilation de l'un à l'autre me semble naturelle. Je ne vois donc pas de raison, ici, de faire intervenir Pluton d'une façon ou d'une autre. Le chaudron du Dagda est remplacé chez Sucellus par un tonneau. On peut, bien sûr, s'arrêter à l'objet et le regarder comme contenant le même liquide (avec en prime l'option « patronage d'un artisanat qui marche bien »). Mais le tonneau, contrairement au chaudron, n'est pas un objet fait d'un seul tenant. Il est composé de morceaux de bois distincts les uns des autres et rassemblés par des cercles de fer unificateurs. Et on retrouve, ici, l'idée de pouvoir, avec dans le rôle du maillet, un pouvoir puissant qui rassemble et unit. Ce qui est quand même tout autre chose que patronner les tonneliers...
Existe-t-il un lien entre le marteau de Sucellus et la foudre de Jupiter (un peu comme le marteau de Thor, quoi...) ? Je serais surprise qu'il n'y en aie pas du tout. Apparu avant la romanisation ou après ? Affaire à suivre... Et si vous avez votre idée sur la question, n'hésitez pas à faire un tour sur le forum. J'en serais ravie. J'ai bêtement, pour un de mes dessins, cherché la parèdre de Sucellus. Pas de chance, il n'en a pas, presque toujours. Bien... Faudra que je réfléchisse à mon sanctuaire. J'ai le temps. Ca n'est pas pour un épisode « dessin prioritaire ». J'suis déçue. J'aurais bien aimé un couple de dieux... pas dit que je le ferai pas d'ailleurs. Mais là, je suis « hors-sujet »! Revenons à nos marteaux. Dans tout ça, j'ai un peu l'air d'avoir oublié Silvanus, le Sucellus du midi et d'Italie. Celui du sud de la Gaule étant sans doute un équivalent à peu près exact, malgré son changement de nom. La forêt, dans la pensée druidique, a une importance initiatique non négligeable. Le nom n'est pas forcément indicateur d'une divinité mineure simplement liée aux arbres. Le public strictement populaire, à Rome, et les attributions purement campagnarde le rabaisseraient à ce niveau, où on aurait été surpris de trouver Jupiter (même s'ils ont le chêne en commun!), sans l'existence de Sucellus. Doit-on penser que dans certaines régions ou villes de Gaule, il en allait de même ? Ou bien était-il resté « le père de la race gauloise », romanisé avec son peuple ? |
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Dieu au maillet de Crepey (« A la rencontre des dieux gaulois ») Esquisses tirées de GAL'HOR |
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